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2. La deuxième conception, française, considère l’intérêt général comme une finalité d’ordre supérieur aux intérêts individuels, dont on sous-entend qu’elle dépasse l’intérêt commun dans la mesure où elle prétend être « quelque chose de plus ambitieux que la somme des intérêts individuels », soit une finalité à laquelle l’individu est censé se soumettre. Ainsi, l’intérêt national correspond-il à l’intérêt de la Nation selon la formule d’Ernest Renan : « Avoir fait de grandes choses ensemble et vouloir en faire encore ». Ce fut également la vision de de Gaulle qui a certes anobli la Nation mais a insensiblement asservi ses Citoyens. Il n’est pas certain que les Français d’aujourd’hui vénèrent à ce point leur patrie pour lui sacrifier leurs intérêts légitimes. Ils veulent pouvoir palper cet intérêt général dont leur parlent les politiques. L’intérêt général leur apparaît comme un dogme qui ne peut être défini qu’à la suite d’un calcul intégral complexe seulement accessible à des esprits supérieurs tels que ceux des Magistrats du Conseil d’Etat ou des Sages du Conseil Constitutionnel. A l’aune des sciences modernes de la microéconomie et de l’économétrie, la tentation est grande de modéliser des concepts pour en extraire la substantifique moelle afin de les faire apparaître comme étant universels. En donnant l’illusion d’une synthèse a priori alors qu’elle n’est obtenue qu’a posteriori, l’usurpation est invisible des dupes que nous sommes qui gobons comme parole d’Evangile les injonctions ministérielles lancées au nom d’un bien commun métaphysique. Les économétristes contemporains qui inspirent et sont en faveur chez les énarques qui nous gouvernent jouissent d’une notoriété acquise dans les hautes sphères universitaires ou au Karolinska Institutet de Stockholm. Cette notoriété ne doit pas faire illusion et d’autres savants tels que Robert Oppenheimer ont côtoyé ces hautes sphères de la gloire sans que les retombées de leurs découvertes puissent toutes prouver leur innocence dans les désastres subis par l’humanité. La modélisation mathématique est un outil parmi d’autres pour approcher la vérité. Mise au service de dogmes politiques, la science devient une arme redoutable entre des mains de politiques dépourvus de conscience. La CCAM que connaissent bien médecins et dentistes en est la parfaite illustration.
• Jean-Jacques Rousseau reste le grand inspirateur du concept de volonté générale qui sous-tend la notion française d’intérêt général. Son utopie égalitaire a été reprise par nombre de fanatiques soucieux d’imposer leur vision dogmatique totalitaire du monde plutôt que de laisser les peuples décider pour eux-mêmes. Robespierre en a perdu la tête et plus de cent millions d’hommes sont tombés sous les coups des tortionnaires communistes. La conception transcendantale de l’intérêt général de Rousseau est impraticable car quatre graves erreurs ont été commises par le philosophe:
-avoir cru que la démocratie directe était universalisable.
-avoir cru que la solidarité était une valeur sans frontières.
-avoir cru que le principe d’égalité était compatible avec celui de liberté.
-avoir cru que l’homme était naturellement bon et l’homme politique naturellement honnête.
Si une seule de ces croyances n’est pas vérifiée, alors l’ensemble de sa conception d’intérêt général, qui repose sur ces quatre vérités supposées, est caduque. John Stuart Mill montre que le syllogisme classique est un paralogisme : aucune vérité particulière ne peut être inférée de principes généraux puisque c’est au contraire l’ensemble des premières qui doivent être démontrées pour garantir la validité des secondes.
C’est malheureusement de nouveau l’esprit de nos professionnels de la politique formatés dans les usines à pensée unique de l’ENA et devenus experts en paralogismes et manipulations sémantiques qui a permis cette acceptation par le peuple français d’un principe qui ne peut le conduire qu’au totalitarisme et à l’asservissement final.

Jean-Jacques Dupuis
dds@pan.care