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  1. La première conception philosophique, anglo-saxonne, définit l’intérêt général comme résultant de la somme des intérêts individuels. L’intérêt général relève d’un calcul arithmétique simple où l’intérêt individuel reste identifiable et de nature comparable à l’intérêt général. Il s’agit d’une conception pragmatique qui reste fidèle à la volonté du plus grand nombre et en représente le plus grand dénominateur commun. Pour les doctrines politiques utilitaristes  et dans les constitutions des pays anglo-saxons, l’intérêt général est désigné comme bien commun (Common Wealth) et consiste en la maximisation du bonheur individuel de tous les membres d’un groupe, d’une communauté ou d’un pays.
  • Au niveau politique, on peut dire que l’avis de tous est entendu, et quand bien même l’intérêt particulier de chacun ne serait que partiellement satisfait, aucun ne sera forcé à accepter une mesure contraire à son intérêt : Si tous les hommes moins un partageaient la même opinion, et si un seul d’entre eux était de l’opinion contraire, la totalité des hommes ne serait pas plus justifiée à imposer le silence à cette personne, qu’elle-même ne serait justifiée à imposer le silence à l’humanité si elle en avait le pouvoir.” James Stuart Mill – On Liberty, 1869.

Le principe de non malfaisance est contenu dans une autre formule plus connue des médecins, mais que les politiques devraient entendre : « Primum non nocere ! »

Le peuple s’exprime classiquement par une  représentation indirecte des deux chambres que vient compléter  une représentation directe sous la forme de lobbies.

Cette vision pragmatique et utilitariste de la politique fonctionne sans à coup dans les pays de culture anglo-saxonne depuis l’époque de notre révolution. Chacun peut venir porter ses doléances qui sont entendues et traitées dans des délais raisonnables. Ses principaux inspirateurs furent les philosophes  libéraux britanniques des Lumières John Locke et Jeremy Bentham. La Déclaration des Droits anglaise ayant suivi la Glorieuse Révolution de 1689 sera admirée par Voltaire dans ses « lettres philosophiques » de 1734.  Les géniteurs du Rêve américain qui promirent «la vie, la liberté et la recherche du Bonheur »  aux Américains furent les futurs  Présidents Thomas Jefferson, George Washington et John Adams, sans compter les hommes d’influence que furent le Marquis de La Fayette et Benjamin Franklin. L’utopie des Lumières s’est matérialisée autour du seul principe de Liberté qui n’a cessé de porter l’identité américaine depuis plus de deux siècles. Elle a surtout reposé sur les épaules paysannes d’un homme de la terre empreintes de bon sens plutôt que de savoir machiavélien.

Historiquement, avec l’Union européenne, la notion d’intérêt public (ou général) tend à être remplacée par la notion d’intérêt commun anglo-saxonne qui est défini comme la conciliation des intérêts particuliers exprimés par des lobbies. L’incompréhension des Français devant ce modèle étranger à leurs traditions explique leur constante  volonté d’imposer une traditionnelle exception française par le fait de la rigidité de notre conception rousseauiste de l’intérêt général incapable d’accepter la moindre conciliation. Notre modèle social fondé sur le dogme d’une assimilation autoritaire et totalisante des nouveaux venus est en totale contradiction avec un modèle d’intégration qui permettrait de préserver la richesse des diversités et des individualités. C’est ce que permet la notion d’intérêt commun et que ne  permet pas celle de l’intérêt général du fait de son absolutisme mortifère.

  • L’union européenne ne pourra jamais se faire sur les bases absolutistes et intolérantes qui sont les fondements des cultures catholiques des pays de  l’Europe du Sud.  La cohésion  imposée par la force ne peut être qu’éphémère. Alexandre le Grand lui-même n’y est pas parvenu. Napoléon a échoué. Seul Winston Churchill a su réconcilier les 2.2 milliards d’individus qui forment aujourd’hui le Commonwealth britannique.  Seule la recherche d’un consensus fondé sur un intérêt commun minimaliste permettra de retrouver l’adhésion populaire en France  et en Europe tout en préservant la liberté de conscience de chacun des citoyens.
  • Jean-Jacques Dupuis dds@pan.care